Prendre les gens par la main pour leur permettre d'avancer
Par Théo KLEIN
Avant d’être (dans les années quatre-vingt) président du CRIF, Me Théo Klein fut le président du centre communautaire de Paris, créé sous l’impulsion d’Edgard Guedj.
Edgard Guedj est arrivé en France avec la vague de 1962, suite au départ des Français d’Algérie – bien que lui soit venu du Maroc. Il est arrivé à Paris à une époque où l’idée de centre communautaire avait déjà fleuri au niveau du Fonds social juif unifié.
J’avais moi-même été conduit à présenter à une assemblée du FSJU le projet de centre communautaire. Nous avions créé un petit centre, rue Notre-Dame-des-Victoires, et je crois que l’on avait déjà le projet de l’installer sur les grands boulevards. Le problème essentiel auquel nous étions confrontés était le manque criant de cadres pour animer la jeunesse.
Je fais la connaissance d’Edgard Guedj. Un homme très sérieux. On sent qu’il y a quelque chose de solide, et il me dit, lorsque je lui parle des cadres : « Moi, je les fabrique ; les animateurs se forment dans l’action, pendant qu’ils encadrent ».
Je fus nommé président du centre communautaire. En fait, j’étais l’homme des centres communautaires au FSJU, et c’est Lynclair qui a pris la direction des opérations et qui a mis en place une équipe qui dirige encore le grand centre communautaire de Paris.
À partir de ce moment-là, j’ai eu des contacts très réguliers avec lui. Il y avait, dans sa personne, dans son mode d’expression, un côté mystérieux et attachant que j’avais parfois une difficulté à saisir, mais qui traduisait toujours quelque chose de constructif, permettant d’avancer. Pour lui, les problèmes étaient là pour être résolus. Quand je parle de difficulté d’appréhender son discours, je ne sais pas si d’autres ont partagé ce sentiment ; peut-être y avait-il, entre ce qu’il envisageait et les mots qu’il employait pour l’exprimer, quelque chose qui ne le satisfaisait pas complètement.
Si je devais résumer sa personnalité, je dirais que c’était quelqu’un qui prenait les gens par la main pour leur permettre d’avancer, de se former, de s'organiser.
Lynclair a été un élément important dans la communauté. A-t-il été compris et admis par tout le monde ? Lui a-t-on donné toutes les possibilités pour qu’il développe son action ? Je n’ai pas la réponse. Je crois qu’au départ le Fonds social a été très ouvert à ses projets.
Je n’ai plus suivi les événements mais je suis resté en rapport régulier avec lui. Il me parlait beaucoup des communautés de banlieue, auxquelles il a consacré beaucoup de son temps. C’était un homme tourné vers l’avenir et ne ménageant aucun effort pour convaincre et associer.
L’Arche n° 604, Septembre 2008.