LE SIONISME COMMUNAUTAIRE
Par Claude LALOUM
À la fin des années soixante, le DEJJ compte en France plusieurs centaines de jeunes cadres et éducateurs, formés à l’animation culturelle, sociale et éducative, qui interviennent dans l’ensemble des communautés. L’urgence, qui avait présidé à l’arrivée des rapatriés d’Afrique du Nord, commence de s’estomper et l’ensemble de ces groupes de cadres s’interrogent, au-delà de leur mission éducative immédiate, sur l’avenir de la communauté, en particulier dans ses relations avec Israël.
Durant l’été 1969, près d’un millier de jeunes du DEJJ séjournent en Israël. Parmi eux, un groupe de cadres dont l’objectif est d’approfondir cette réflexion et de proposer au mouvement une plateforme d’action en vue de renforcer les liens avec Israël. À l’initiative de Lynclair, cette ébauche de réflexion conduit à la mise en œuvre d’un manifeste sioniste communautaire dont les fondements seront la responsabilité personnelle dans la décision d’alya et l’intégration d’Israël dans l’ensemble des programmes éducatifs du DEJJ.
UNE VISION APAISÉE
Cette étape conduira naturellement à la création d’un lien privilégié avec l’Agence juive en Israël, et à l’élaboration d’un programme idéologique et politique dont le premier aboutissement sera la constitution en 1972 du groupe Aleh-DEJJ.
En 1973, l’ensemble de la direction du DEJJ, constituée de 300 cadres, éducateurs et formateurs, se réunit à Jérusalem pour un congrès extraordinaire intitulé Nitsavim, qui inaugure le début de la présence permanente du DEJJ en Israël.
Cette conception originale du sionisme communautaire était considérée, à l’époque, avec scepticisme, par l’establishment tant communautaire que sioniste. Les antagonismes idéologiques qui opposaient « sionistes » et « communautaires » ne permettaient pas de concevoir une vision apaisée, harmonieuse et naturelle de la centralité d’Israël dans la vie juive en France.
RÉALITÉ POLITIQUE
En 1973, en pleine guerre de Kippour, le premier groupe Aleh-DEJJ, composé d’une trentaine d’éducateurs, s’installa en Israël pour s’engager dans une action éducative et sociale dans les quartiers défavorisés de Jérusalem. Ce groupe constitua le socle du sionisme communautaire dont les objectifs, en Israël, étaient en parfaite adéquation avec ceux du DEJJ en France : l’action éducative et sociale au service de la communauté. D’abord à Jérusalem puis à Safed, le groupe Aleh-DEJJ entraîna derrière lui des dizaines de cadres venus de toute la France pour réaliser leur alya. Le concept de sionisme communautaire était devenu une réalité politique.
Cet engagement pour le renforcement de la centralité d’Israël dans l’identité juive française contemporaine peut paraître aujourd’hui banal et naturel. Dans les années soixante-dix, c’était une véritable révolution.
CLAUDE LALOUM,
DEJJ Toulouse
Ancien Délégué Général du DEJJ,
Ancien Directeur Général de l'Agence Juive à Paris.