LA CRÉATION DU DEJJ À NICE
La présence juive à Nice.
La présence juive à Nice date probablement de l’époque grecque. Les rattachements successifs à la Provence, à la Savoie, à la Sardaigne, à la France, liés principalement aux conflits entre la France et l’Italie, affectent le statut des juifs le long des siècles.
Années 50
Les communautés juives des années 1950 ont été profondément marquées par l'après-Shoa, qui a entraîné un déclin drastique de la population en Europe et un exode massif vers Israël, les États-Unis et d'autres pays.
Simultanément, un million de juifs ont été expulsé des pays arabes ; la communauté juive de Nice a été significativement enrichie par ces vagues d'immigration venues d'Afrique du Nord, notamment du Maroc et de Tunisie, apportant avec elles de nouvelles traditions. L'arrivée de ces nouveaux résidents a renforcé la vie religieuse et culturelle juive dans la ville. Cette période a vu une croissance et un dynamisme accrus de la communauté juive locale, marquée une reconstruction de la vie communautaire.
Années 60
Dans les années 1960, l'arrivée de juifs d'Algérie va renforcer encore plus la vie juive à Nice. En 1962 la population juive est estimée à environ 20 000 âmes, mais ce nombre a ensuite diminué. On estime aujourd’hui le nombre de juifs niçois à moins de 10 000.
La vie juive à Nice
Dans les années 60, la vie juive s’articule autour des synagogues qui proposent des services traditionnels : talmud thora, organisation des prières et des cérémonies qui caractérisent le cycle de vie juif tels que les Bar/Bat Mitzvot, les mariages et Brit Mila, les enterrements.
L’arrivée de rabbins d’Algérie à Nice, Saul Naouri, Georges. E. Haik, va donner une impulsion à la jeunesse juive.
On trouve aujourd’hui une dizaine de synagogues ou salles de prières à Nice.
De style néo-byzantin, la Grande Synagogue construite par l’architecte Paul Martin, a été inaugurée en 1886.
La synagogue Ezat A’him de Nice suit un rite ashkénaze. Elle a été ouverte en 1930
La synagogue Maayane Or du mouvement Massorti de Nice a été ouverte en 1996.
Le cimetière juif se trouve au sein du cimetière du Château créé en 1783, dans sa partie sud.
Naissance du DEJJ à Nice
En 1953, Henri Saporta dont le nom de totem est Marcassin avec Jean Covo, et David Benaïm (Aurochs), deux responsables des jeunes juifs de l’époque, montent une troupe d’Éclaireurs niçois, avec deux patrouilles : les Lynx et les Bisons. Trois ans plus tard, le mouvement EEIF regroupe déjà 200 enfants.
Mais le fait de gloire de Marcassin et des EEIF de Nice remonte au début des années 1960. A cette époque, un flux ininterrompu d’enfants juifs arrive à Nice, venant du Maroc et surtout d’Algérie ; leurs parents n’ont pas le temps de s’en occuper. Avec l’aide du Consistoire de Nice, des Rabbins S. Naouri, G. Haik et Jo Sitruk, celui qui sera Rabbin à Strasbourg puis Grand Rabbin à Marseille et enfin Grand Rabbin de France, Henri Saporta va organiser des centres aérés EEIF gigantesques pour prendre soin d’eux. C’est en Septembre 1962 qu’à la demande de Lynclair, Commissaire national des EI, qu’avec d’autres EEIF, ils vont créer un département dédié à la prise en charge de ces enfants : le DEJJ. Grâce à leur altruisme, à leur implication et à leur volonté de travailler dans l’unité, l’intégration et l’accueil de centaines de d’enfants et d’adolescents a pu se produire.
La Délégation du DEJJ à Nice
Une délégation régionale du FSJU, basée à Nice, a été créée dans les années 50. Son délégué régionale Altun Vitalis est très actif
En 1962, Edgard Guedj, Lynclair, est mandaté par le FSJU pour mettre en place un plan d’urgence d’accueil des enfants des juifs rapatriés d’Algérie.
Lynclair appelle en France son corps d’éducateurs et d’enseignants qui ont créé avec lui le DEJJ au Maroc. Ils sont douze. Parmi eux Salomon AFLALO, Chevreuil, que Lynclair nomme Délégué du DEJJ à Nice et sa Région.
L’arrivée de Chevreuil à Nice
Salomon Aflalo, originaire de Fès, était instituteur à l’Alliance Israélite Universelle ; il fut auparavant un dynamique chef EI, un dirigeant motivé du DEJJ durant plusieurs années au Maroc.
Salomon arrive de Fès à Nice en Janvier 1962 avec son épouse Berthe.
Premières préoccupations :
· se présenter aux dirigeants communautaires et exposer sa mission : au Grand Rabbin de Nice Elie Yitzhak Martiano, au délégué Régional du FSJU, Altun Vitalis, aux différents chefs religieux de la ville.
· recruter et former des cadres
· rencontrer les familles juives, leurs exposer sa volonté de créer le DEJJ à Nice et dans la région, son plan d’action, sa mission d’éducateur juif, obtenir leur confiance et leur accord pour que leurs enfants fréquentent le DEJJ.
Salomon a besoin de locaux pour implanter la délégation régionale du DEJJ et pour réunir les enfants. Altun Vitalis lui facilitera la tâche. Le DEJJ sera installé au 15 Avenue de la Victoire, plus tard Avenue Jean Médecin. Une adresse qui deviendra vite le lieu de rassemblement des jeunes juifs niçois.
Chevreuil va former des cadres qui joueront un rôle important au plan national : Charles et Léa Tresser, Raymond Fitoussi, Lucien Samak, Serge Bel Angezl, Gérard Sebbag, Willy Cohenzl, Gérard Brami, Guy Toubiana, Nicole Samak née Aouizerate, Marianne Samak née Parienté…
Dès 1963 Chevreuil va s’impliquer dans l’organisation des camps de vacances à Levens, La Tour de Mare, plus tard à Magland. C’est lui et son équipe, aidés des EI niçois, qui en 1963 seront chargés de l’installation à Levens de dizaines de tentes pour accueillir plusieurs centaines de Pionniers et adolescents de la JAC venus de la France entière dans ce camp mythique. Certains témoins avancent le chiffre de 800 enfants à Levens !
Le DEJJ se déploie à Nice
Chevreuil, tout comme ses autres collègues, va de porte à porte relever sur les boites aux lettres les noms des familles juives et recruter de nouveaux jeunes qui vont grossir les effectifs du DEJJ.
Délégué régional du DEJJ, il sera secondé par Henri Saporta.
Marcassin connait bien les personnalités niçoises et le terrain. Fort de son expérience au Maroc Chevreuil sait parfaitement créer l’esprit DEJJ et atteindre les objectifs éducatifs du Mouvement.
Chevreuil et Marcassin sont complémentaires ; Ils forment un couple d’éducateurs remarquables. Chevreuil est salarié du DEJJ, délégué régional. Marcassin salarié du FSJU pour le compte des E.I délégué auprès du DEJJ de Septembre 63 à Avril 65.
Salomon organise des centres aérés, des journées récréatives, qui parfois regroupent 400 enfants nécessitant la location de huit autobus !
Les enfants viennent de
· Nice-Ville, de la Rue Marceau, en plein cœur de Nice
· Saint Augustin, quartier situé à l’ouest de Nice, à proximité de l’aéroport. Dans cette banlieue niçoise en construction, les premières activités se déroulent en plein air, au pied des tours et des immeubles en construction
· l’Ariane, quartier situé au Nord Est de Nice.
Willy Cohen et Daniel Brami seront responsables des REDEF
Serge Ankri responsable de la branche des PIONNIERS
Charles et Léa Tresser avec Raymond Fitoussi et Gérard Sebbag, responsables de la JAC.
Au retour du camp de Levens, été 1963, Chevreuil se démène pour promouvoir et développer le DEJJ non seulement à Nice mais aussi dans toutes les villes de la Côte d’Azur.
Avec son équipe de cadres qu’i a recruté et formé, le DEJJ propose des activités socio-éducatives hebdomadaires et régulières, différenciées par tranche d’âge. Aux enfants du REDEF des ateliers, des activités récréatives, à thème juif, répondant aux attentes des enfants, des familles et des dirigeants communautaires, y compris des cours de soutien scolaire. Le DEJJ offre aux adolescents des activités multiples, des après-midis dansants, des sorties, des conférences, des centres de vacances, des stages de formation. Le succès va grandissant.
Grace au dynamisme de Chevreuil , le DEJJ devient l’adresse incontournable de la jeunesse juive de Nice. Le 15 l’adresse légendaire.
Parfois les institutions communautaires de Nice avancent cahin-caha. Chevreuil est un rassembleur, un leader reconnu pour ses compétences et ses qualités humaines. Un éducateur faisant preuve d’une discrétion, exemplaire, restant parfaitement calme au milieu d'une situation chaotique. Au sein de ces institutions communautaires Chevreuil apaise les tensions, recherche l’accord parfait entre tous.
En 1970, le FSJU cesse de financer le fonctionnement des délégations régionales. Après des années comme délégué du DEJJ, Chevreuil est nommé délégué du FSJU puis de l'AUJF sans abandonner son action pour la jeunesse.
Sa retraite prise en 2001, Chevreuil continua bénévolement son action au service du DEJJ, de l’AUJF et de la Communauté.
Salomon AFLALO, Chevreuil, s’est éteint à Nice le 10 mai 2011 à l'âge de 73 ans. Les cadres qu’il avait formé au cours de sa carrière, suivant ses traces, poursuivent l’action du DEJJ à Nice.
Le 12 mars 2012, un peu tardivement, Chevreuil reçoit « à titre posthume » le Prix Edmond Tenoudji, juste reconnaissance de cinquante années au service de l’éducation juive, un Prix qui honore son action d’éducateur, de rassembleur, de militant.
Le DEJJ, une flamme qui ne s’éteint jamais.
RÉDACTION COLLECTIVE
Laurence Halimi
Nikki Samak
Raymond Fitoussi
Jean-Claude Bensoussan
Novembre 2025